Alain Penzès : Ephémère - Traces de danse


Projet d’artiste Fausse Biennale : 1/8


Mécaniques traces

Lors de la version 2007 de la Fausse Biennale, un travail photographique a été présenté. Développé depuis deux ans, il montre des photographies du sol urbain où les empreintes mécaniques, ainsi que la texture des sols, donnent un graphisme particulier. Certains tirages s’apparentent même à une forme d’abstraction. Les tirages sont tous du même format 60 X 80, cultivant l’esprit de série, sur dybon.
Une nouvelle série de 20 photographies, plus graphique encore, sera exposée.

Ce rapport à la trace mécanique trouvera son pendant avec la présentation d’un spectacle vivant de danse contemporaine de calligraphie chinoise et de vidéo.



Ephémère (calligraphie – danse – vidéo)

A l’inverse des traces mécaniques, le spectacle, présenté cette année dans mon atelier, à la Fausse Biennale 2009, a aussi pour thème la trace mais avec l’empreinte du corps.

Un dispositif plastique, fait d’un sol de sable et d’un écran de papier, est le cadre d’une création où se mêlent la calligraphie chinoise, la danse contemporaine et la vidéo.
Quatre danseurs / effaceurs se surprendront et s’interpelleront. La vidéo viendra plonger le dispositif dans une autre dimension temporelle.






Ephémère
 
DANSE   –   CALLIGRAPHIE  –   SABLE –   VIDEO
 
Préambule
S’imprégner de la calligraphie de Huaisu, moine chinois du VIIIème siècle, qui par l’encre nous communique le mouvement même de la vie. Transposer la danse de son pinceau qui évoque les courants énergétiques du souffle vital dans le corps du danseur. Les danseurs laissent leurs empreintes. La vidéo vient y saisir le temps de l’acte et le différer, le manipuler, le transformer et le projeter dans un autre temps.
 
La course de la calligraphie herbes folles
La calligraphie chinoise appelée herbes folles s’appelle plus précisément Kuangcao qui veut : écriture cursive furieuse. Ce style s’épanouit au VIIIème siècle comme la marque d’une renaissance de la puissance vitale des caractères primitifs à l’allure bâclée. L’un de ses représentants est le moine calligraphe Huaisu dont Riccardo Joppert souligne l’improvisation dans « la continuité du libre élan du pinceau qui … aurait rétabli la pureté, l’unicité et le dynamisme organique de l’écriture. »
 
Un sol de sable
Autre que l’encre et le papier de riz, la calligraphie se pratique sur le sol ou dans un petit bac de sable fin avec un bâton. Cette pratique venue des moines tibétains est liée à l’écriture méditative. On écrit, on efface, on écrit, on efface …
Sur un sol de sable, contenu dans un cadre en bois, les danseurs se lanceront dans cette écriture de danse où l’effacement en assurera la continuité et la répétition.

 
Danse
Les corps se jouent de l’espace. Convoité celui-ci conditionne les rencontres, duos, trios et solos se succèdent, déclenchant des tensions, des quêtes, des abandons et des fragilités.
Les quatre danseurs / effaceurs se surprennent et s’interpellent. Ils se rencontrent, se croisent et s’ignorent, et nous donnent à voir un espace de vie restreint que chacun convoite, comme dans notre quotidien. Tel un jardin qui se transforme à chaque saison, les traces apparaissent et disparaissent pour proposer un nouvel espace de vie.

Le temps de la danse est traversé, ponctué et modulé par des accélérations, des suspensions et des ruptures.

 
Le slam de la vidéo
La vidéo viendra plonger le dispositif dans une autre dimension temporelle. Les traces des danseurs, les corps et la calligraphie chinoise seront manipulées, projetées dans l’instant ou différées, dans une autre représentation spatio-temporelle.
 

Dispositif
Une scène de sable – 4 danseurs et ratisseurs – 5 petites caméras – un écran de papier – un vidéo-projecteur commandé par ordinateur – un calligraphe
 
Une équipe artistique
Chorégraphie / Chantal Saulnier
Danseurs / Guillaume Brahic, Léa Dessaint, Amandine Saulnier, Elsa Vavasseur
Plasticien calligraphe / Alain Penzes
Vidéo / François Bontemps
Musique / Richard Fontaneau






Comme de nombreux artistes, je travaille le réel et le banal, j’interroge le quotidien à travers la mémoire des traces laissées dans la ville. Les traces, c’est ce qui reste d’un acte ou de quelque chose après son existence. Mais au-delà de la chose disparue, la trace possède une réalité propre en tant que telle.

Pour Gilles Deleuze, le lien entre l’homme et le monde s’est rompu dans les sociétés modernes. La rationalisation et la programmation intensives effacent peu à peu ce qui reste d’humain, dans un monde où l’énorme évolution technologique ne constitue pas pour autant un progrès humanisant. De ce constat vient mon intérêt pour les traces mécaniques, celles des machines qui envahissent notre univers, mais qui sont aussi les symboles de notre modernité. Aussi, ce qui m’intéresse c’est de mettre en scène ces traces que nous laissons avec nos machines familières, de les détourner, d’en exploiter le potentiel plastique.

L’empreinte de pneu nous ramène à l’automobile qui a bouleversé la vie sociale et économique du XX ème siècle, en transformant le paysage et la ville. C’est également le symbole de la mondialisation de l’économie, avec les transformations et les problématiques qu’elle soulève dans la vie quotidienne.

C’est ce symbole qui est détourné dans les œuvres en poursuivant une histoire personnelle : quand j’étais enfant je vivais près de l’Autoroute du sud et mes dessins étaient pleins de voitures et de camions. C’est là que tout a commencé …

Mon travail est alors une mise en abîme où la trace mécanique est le contenu d’une image elle-même mécanique (les peintures traces, la photographie, la sérigraphie). Mais, dans ce monde saturé d’image, j’essaie de ne pas faire d’image et d’aller vers plus de matière.
 
La mémoire et l’art sont à l’épreuve du temps, elles produisent la conscience et c’est ce qui fait l’humanité. En mettant en évidence la trace, la mémoire de ce qui ne se mémorise pas, en recherchant l’empreinte des espaces publics de nos villes, reflets de nos sociétés surmodernes 1, je fabrique une sorte d’archéologie contemporaine où se mélange le temps et les identités.
 
 
 
 
A – PENZES
 
 
 
1 - Marc Augé, Non-lieux – Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Librairie du XXè siècle, Seuil, Paris, avril 1992 ;