Amanda Pinto Da Silva et Daniel Mayar : "La brailleuse en chocolat"


Projet d’artiste Fausse Biennale : 6/8

Amanda Pinto Da Silva et Daniel Mayar :
"La brailleuse en chocolat"


Amanda Pinto Da Silva et Daniel Mayar se proposent de rendre un hommage gourmand et posthume à Marcel Duchamp, artiste haut-normand, pionnier de l'Art du XXème siècle et précurseur (ce qui peut à l'évidence s'accorder).

Leur projet "la brailleuse de chocolat" s'articule autour de cette oeuvre symbolique de Marcel Duchamp intitulée originellement "La broyeuse de chocolat", une machine dont il avait tiré différentes peintures, dessins et réflexions diverses et qu'il avait aperçue incidemment dans la vitrine d'un confiseur rouennais. Cette machine constituée de trois tambours tournant ensemble pour broyer des barres de chocolat et à laquelle il avait délicatement ajouté trois pieds Louis XV était emblématique d'une certaine modernité de style, de cette modernité revendiquée qui fonda en fait l'Art du XXème siècle.

Surprendre (parfois en dérangeant l'ordre immuable des choses), aller au devant des publics, d'autres publics, tout en tournant le dos au conformisme ambiant, travailler à partir d'un vocabulaire prenant en compte le monde d'aujourd'hui et continuer à interroger la continuité de l'histoire de l'Art, telles sont les grands principes qui sous-tendent ce travail.

Dans leur projet "La brailleuse de Chocolat", Amanda Pinto Da Silva et Daniel Mayar entendent répondre et poursuivre ces préoccupations contemporaines et toujours d'actualité. Mais l'installation visuelle, tactile et odorante qu'ils ont imaginé pour leur container dans cette fausse vraie Biennale a pour objectif de remettre la perception et les sens au coeur du débat. Il s'agit ici d'une dimension essentielle, peut-être quelque peu négligée par cet artiste avant tout conceptuel.

Le dispositif, simplissime, sollicite autant les sens qu'une éventuelle interrogation gourmande d'un public (même non spécialiste) : Un sol, des cloisons, un plafond (soit les trois dimensions du container), entièrement recouverts d'une couche de chocolat. Ils accueillent une table, également enrobée, sur laquelle est posée ou proposée une petite machine énigmatique à manipuler (ou une lampe très particulière ou un jeu d'échecs, autre emblème important dans l'oeuvre de Marcel Duchamp), toujours enrobée de la même substance cacaotique (rappelons à ce propos la force symbolique et le potentiel de "sympathie" du chocolat auprès des grands comme des petits). Autour de laquelle se font face deux chaises vides tirées en vis-à-vis et également nappées et attendant le chaland...


















Amanda Pinto Da Silva


Du container de la Fausse Biennale de Sotteville à son exposition actuelle à l’hôtel de Région, Amanda Pinto Da Silva ne cesse de parler du voyage sous toutes ses formes.

Voici un extrait de l’interview qu’elle a pu donner à Laure Voslion, chargée de publication à la Région à l’occasion de son exposition As Origems
du 20 janvier au 20 février 2009 :

 

Pourquoi avez-vous intitulé votre exposition à l’Hôtel de Région As Origens ?

La question des origines m’a toujours fascinée. Cette question s’est trouvée encore exacerbée par la rupture brutale qu’a constitué ma venue, il y a 20 ans, en Europe. Comme vous le verrez dans cette exposition, ce thème fonde, et est récurrent, dans mon travail.

 

Votre démarche artistique est multiple : peinture, sculpture, gravure, installation, scénographie… Y en a-t-il une qui vous soit particulièrement sensible ou familière ?

La peinture probablement… Bien que je considère toutes ces expressions intrinsèquement liées. Je les croise d’ailleurs volontiers. Elles représentent les différentes et vivantes facettes d’un même travail toujours en évolution et s’enrichissent l’une de l’autre.



Quand et dans quelles circonstances avez-vous commencé à travailler votre art ?

Le fait de changer de pays m’a obligée à me remettre totalement en question, un problème fortement lié à mon identité. Apprendre une nouvelle langue, m’intégrer à une culture étrangère avec la nostalgie ou saudade propre aux immigrés qui ont tout laissé derrière eux…

L’Art -d’abord la danse puis notamment la Peinture dans laquelle je me suis rapidement retrouvée- m’a permis avec bonheur de réaliser la difficile jonction entre mes origines auxquelles je ne voulais pas renoncer (j’ai d’ailleurs conservé ma nationalité brésilienne) et ma nouvelle vie en Europe. Le reste fut une question de rencontres et d’opportunités heureuses et d’engouement personnel pour l’expression artistique en tous genres.

 

Quels sont vos matériaux de prédilection ?

Je cuisine… Mes matériaux, mes épices de prédilection ? En fait, tous ceux qui me rattachent de près ou de loin à la nature et à l’expression du corps. Ce rapport sensuel au corps et à la nature -si typiques au Brésil- a définitivement enfoui sa marque au plus profond de moi et ce depuis ma plus tendre jeunesse. Ainsi j’utilise volontiers pigments et encres, divers produits organiques ou minéraux comme le cuir, le bois, la terre, le cuivre, la toile et l’huile de lin, etc…



Quels sont les grands thèmes de votre oeuvre ?

En peinture… La figure le plus souvent ou le paysage à travers mon prisme culturel, ma démarche spirituelle, ma vie au quotidien ou mes mythologies personnelles et celles que j’investis… Peut-être au bout du compte seulement mes désirs, mes peurs, mes rêves, ma réalité, mon envie d’un monde meilleur et j’en passe…




Exposition As Origems
du 20 janvier au 20 février 2009
à l’hôtel de Région